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BIANOU 2012

Fête annuelle se déroulant vers le 10 du mois de moharrem du calendrier musulman, le Bianou coïncide avec la fête musulmane d’Achoura, commémoration de l’accostage de l’arche de Noé. Cette fête est devenue au fil de siècles l’identité des agadassawas. «  Plus qu’un événement festif, le Bianou est l’âme de notre culture », confirme Alhaji Bilal Garo, chef du comité d’organisation et notable du sultan de l’Aïr.

De toutes les ruelles, de tous les coins d’Agadez, de longues files de personnes drapées dans leurs plus beaux habits convergent vers le Sultanat de l’Aïr. Hommes, femmes et enfants s’en donnent à cœur joie. C’est le dernier jour du Bianou, les festivaliers reviennent du village de Azzel où comme toujours, ils ont passé la nuit. Leur entrée à Agadez ne passe pas aperçue. De centaines d’hommes arborant fièrement leur chèche d’indigo ou brandissant des branches de palmier doum brisent de leurs cris,de leurs chants et de leurs danses, le calme habituel de la cité de l’Aïr. D’ailleurs pour la circonstance, le jour est déclaré chômé. C’est le jour tant attendu ; c’est le jour de la consécration : le «  marantshan ado », ou soirée de la beauté.

En effet, on choisit ce soir le plus bel accoutrement et le meilleur danseur parmi les hommes.

Les femmes ! Oui, elles sont aussi là ! Belles à vous couper le souffle ! Belles à vous faire vouloir arrêter le temps afin de les contempler. Pour elles aussi, les plus belles coiffures et les plus belles tenues seront remarquées et applaudies.

Voyage au cœur d’un carnaval hors-pair qui fait d’Agadez durant des semaines la ville de tous les sons et de toutes les danses. REPORTAGE.


Une fête religieuse

Selon certaines sources, le Bianou symbolise l’accueil que les habitants de Médine auraient  réservé au prophète Mohamed(SAW) lors de son hégire. Il marque ainsi le début du nouvel an musulman et du calendrier musulman. « L’origine du Bianou se perd dans la nuit des temps. Nous avons trouvé nos parents avec cette tradition et nous la transmettrons inch Allah aussi à nos enfants » , nous dit Al hadj Bianou.

Une tradition respectée

Juste après la fête de la tabaski, des jeunes de la cité de l’Aïr commencent à déambuler dans les rues scandant des chants de gloire et de courage, tapant avec art sur des tambours et tambourins. Cette année pour beaucoup le Bianou a été une réussite compte tenu de la paix revenue et du retour des nombreux jeunes de la Libye. Ces derniers ont redonné au Bianou ses lettres de noblesse et de gloire d’antan. Ils y avaient mis tout leur cœur et tous leurs fonds. « Je suis heureux de revivre cet événement. Franchement, loin du Bianou, je suis un homme nu, un homme qui crie dans le noir ! », affirme Ataman dit kampos, qui a manqué plusieurs éditions du Bianou pour avoir séjourné plusieurs années en Libye.Pour la plupart, cette édition a été celle des retrouvailles. Plusieurs années d’absence ont créé en eux la nostalgie. Certains jeunes versaient des larmes derrière les lunettes noires qui protégeaient leurs yeux. Dans le formidable boucan du Bianou, ils ont une pensée à l’endroit de ceux qui sont restés en Libye. Parfois pour toujours car ayant été victimes des atrocités de la guerre.

« J’ai mal en pensant à mon ami que j’ai laissé en Libye. Il disait qu’il voulait revenir à Agadez pour retrouver le Bianou, hélas, Dieu n’a pas voulu. Il a été lâchement assassiné », confie Abdoul Wahab.

Dans la poussière de ce carnaval, les danseurs de deux blocs celui de l’EST et de l’OUEST rivalisent de rythme, de danse, d’éloges et surtout d’habillement.

Dans leur tournée, il arrive qu’en arrivant à des places reconnues comme celle de la mosquée Tandé sise au quartier Obitara, le convoi s’arrête pour rendre hommage.

Alors, au moment où l’on s’attendait le moins surgissent une, deux, trois personnes âgées qui se mettent à tournoyer et à chanter à haute voix. Des jeunes leur font rapidement de la place au milieu du carnaval et ceux qui tiennent les tambours se démènent en tapant beaucoup plus fort. Incroyable de voir des vieux de plus de soixante-dix-ans tournoyer dans l’air et danser avec une agilité propre aux jeunes de vingt ans. «  Je ne peux pas me retenir quand j’entends ces tambours résonner. Je me rappelle du temps passé ! Et je verse des larmes », confie une vieille femme qui venait juste comme elle l’a dit de « boire et d’étancher sa soif en attendant l’année prochaine si Dieu lui prête longue vie »..

Une fête coûteuse

Pour les agadassawas, un bon conservateur de la tradition doit dépenser énormément afin de s’offrir une tenue digne de la fête de Bianou.

Mallam Moussa, dans sa transe le dit tout haut comme pour se faire entendre des autres : «  Si tu peux danser comme moi, fais le ! Si tu peux marcher comme moi, fais le ! Mais, je sais que tu ne pourras jamais t’habiller comme moi ! ». A l’écart, il nous confie : « je dépense beaucoup d’argent pour bien m’habiller pendant les derniers jours qui symbolisent la fin du Bianou. Ce que je porte sur moi présentement dépasse de loin les 700.000FCFA », précise t-il. « Et si j’ai les moyens, j’y mettrai beaucoup plus ! J’ai toujours respecté la tradition, c’est ma façon à moi de rendre hommage à mes ancêtres », ajouta Mallam Moussa.

Pour Alhaji Bilal Garo, « le Bianou a une grande importance dans la vie des Agadassawas. Sans lui, nous n’avons pas le droit de vivre sur terre et si par malheur le Bianou n’est pas célébré, notre vie sera tourmentée toute une année ».  Et de conclure mélancolique que : «  le Bianou a besoin d’être aidé mais les bonnes volontés se font de plus en plus rares ».

L’événement qui a toujours été présidé par Son altesse Al hadj Ibrahim Oumarou Ben Dassouki, Sultan de l’Aïr a connu un franc succès cette année. Bravo au comité d’organisation qui remercie à son tour ceux qui les ont aidé pour la tenue de cette édition.

Issouf Hadan

 
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