Accueil Arts et Culture INVITÉ : M. YAZI DOGO, COMÉDIEN ET HOMME DE CULTURE

INVITÉ : M. YAZI DOGO, COMÉDIEN ET HOMME DE CULTURE

Monsieur Yazi Dogo, vous êtes un acteur culturel et aussi un vétéran de la culture nigérienne. Quel regard jetez-vous sur la culture au Niger ?

Si l'on prend par exemple le domaine qui me concerne, à savoir le théâtre, les chants et ballets, je peux dire que cette culture est entrain d'aller à la dérive, elle perd toute son importance parce qu'on se rend compte que ces derniers temps, elle est négligée,non seulement du côté des autorités mais aussi du côté des artistes. Il y a une raison à cela. Avant, c'est-à-dire il y a de cela 15 ou 20 ans, il y avait des opportunités pour faire des réalisations, à savoir les festivals, la semaine de la jeunesse etc. Actuellement, ces occasions ne sont plus. Avec ces opportunités, les artistes étaient obligés de créer à chaque édition des œuvres pour compétir sur le plan national.  Si je prends mon cas, si je monte une pièce de théâtre, à qui puis-je la présenter puisqu'il n'y a pas de cadre, ni d'occasion ? Vraiment, il y a beaucoup de paramètres qui font que la culture est en dérive.

Depuis quelque temps, la culture suscite un intérêt de la part des décideurs. En tant qu'acteur, comment pensez-vous qu'on puisse redynamiser ce secteur ?

Oui c'est vrai, l'on sent maintenant que les autorités commencent à prendre conscience de l'importance de la culture, qui n'est d'ailleurs pas du tout à négliger dans le développement d'un pays. Je me rappelle, dans le temps, qu'il y avait un homme politique nigérien qui avait compris dès au départ que la culture est très importante et même indispensable pour une nation. Et c'est ainsi qu'il l'a beaucoup utilisé pour marquer son temps.  Il a très bien compris que la culture permet à un pays d'évoluer positivement, de se développer.

Je disais tantôt que la culture est l'identité d'un pays ; et c'est ainsi que même les façons de s'habiller, de marcher, de préparer les mets, sont culturelles. Si par exemple, aujourd'hui l'on valorisait le ‘'béroua'' ou ‘'wassa-wassa'' qui est un met typiquement nigérien à base de niébé, dans les hôtels et restaurants de la place, les touristes et autres étrangers de passage à Niamey allaient apprécier ce plat. Pour redynamiser ce secteur, il faut créer des cadres de rencontres et de compétition entre les artistes. Je pense que les nouvelles autorités doivent œuvrer pour réhabiliter les festivals, la semaine de la jeunesse et les fêtes tournantes qui seront des opportunités pour permettre aux artistes de relancer davantage la culture.

Monsieur Yazi Dogo, vous êtes un grand comédien et metteur en scène. Laquelle de vos pièces de théâtre vous a plus le plus ? Laquelle vous a le plus marqué et vous a fait connaître au public, et pourquoi ?

Presque toutes les pièces de mon répertoire m'ont plu, mais il y a toujours une qui vous marque le plus. La pièce qui m'a beaucoup marqué, c'est ‘'Sodjan da''. Cette pièce raconte l'histoire d'un tirailleur de retour au pays natal et qui devient enseignant. Non seulement cette pièce m'a beaucoup plu, mais aussi elle m'a beaucoup marqué, parce que j'ai bien joué le rôle qu'on m'a confié et je l'ai interprété comme je le voulais. L'autre pièce qui m'a aussi beaucoup marqué est intitulé ‘'guirmankaye Raouanin tsiya''. Elle raconte l'histoire de ‘'Dan Mallam'' ou ‘'le fils du marabout'' et m'a beaucoup plu  parce qu'elle renferme plusieurs messages à l'intention du public.

Il y a quelques années, le théâtre nigérien était très développé, en témoigne la riche production d'antan. Comment cet art est-il tombé dans la léthargie tout comme son frère le cinéma ?

Bon, c'est vrai, il y a quelques années, le théâtre était très en vogue au Niger, mais maintenant, l'arrivée de la télévision a vraiment relégué à l'arrière plan cet art qui véhicule beaucoup de messages tout en donnant des leçons de morale. Le théâtre que nous faisons actuellement, est enregistré pour être diffusé à la télévision, ce qui ne nous arrange pas, parce que nous préférons être en face d'un public qui va nous critiquer sur place, pour que nous puissions nous améliorer. Mais avec la télévision, on se met dans un coin, et en 2,  3, 4 ou 5 jours, on monte 5 pièces et on les diffuse. Maintenant, il n'y a plus d'engouement pour le théâtre puisqu'il n'y a même pas de nouvelles productions en ce sens qu'il n'existe pas d'occasion, de cadres pour faire vivre cet art. Actuellement, avec l'avènement de la télévision dans tous les foyers, même si on organise une représentation de pièce de théâtre dans une maison de la Culture, le public ne se déplace qu'en petit nombre,  parce les gens se disent que la pièce va passer un jour ou l'autre à la télévision.

Concrètement, est-ce que l'artiste peut vivre de son art au Niger ?

L'artiste peut vivre de son art s'il le fait bien. Cela veut dire par exemple que dans le domaine du théâtre, si vous montez et présentez de très belles pièces au public, même si c'est moyennant 50Fcfa l'entrée, vous pouvez gagner un peu d'argent pour subvenir à vos petits besoins. Si vous composez un bon ballet, et que vous le présentiez par exemple  à l'extérieur du Niger, vous pouvez faire de grandes recettes ; et c'est comme cela que l'art peut bien nourrir son homme.

Avez-vous une idée de comment remettre la culture en général et le théâtre en particulier sur les rails ?

Pour remettre la culture en général et le théâtre en particulier sur les rails, je l'ai déjà dis plus haut, il faut ramener les occasions de rencontres et de compétition, à savoir les festivals, la semaine de la jeunesse, les fêtes tournantes du 18 décembre, etc. C'est ainsi seulement qu'on peut permettre aux artistes de faire des recherches pour créer de belles œuvres et entreprendre des compétitions.

M. Yazi Dogo, vous avez tout donné à la culture nigérienne. Qu'est-ce que la culture vous a donné en retour ?

Personnellement la culture m'a donné beaucoup de choses. D'abord l'honneur, ensuite le respect, etc. Parce que je ne peux passer inaperçu  dans un endroit. Cela est très important. Ce n'est pas seulement le fait d'avoir de l'argent. Quand je vais dans un service pour un problème, on me le règle facilement, en tenant compte de ma vie d'artiste, de ce que j'ai fait. La culture m'a donné beaucoup en retour.

Que pensez-vous des hommages à titre posthume ?

Je n'aime pas les hommages à titre posthume. Quand on veut aider quelqu'un dans son métier, moi je trouve qu'il faut le faire de son vivant, pour que ses enfants, sa famille, son entourage,  ainsi que lui-même, puissent en profiter, en témoigner. Pour qu'il sache qu'il a bien travaillé pour son pays et qu'il a été récompensé pour cela.

Avez-vous un souhait à émettre à l'endroit des nouvelles autorités de la 7ème République ?

Le seul vœu que j'ai à émettre est que ces nouvelles autorités aient le courage politique de sauver la culture de l'impasse dans laquelle elle se trouve actuellement. Je ne critique personne, mais je me suis rendu compte qu'en général, les autorités ne donnent pas de l'importance à la culture. Plusieurs autorités se sont succédé à la tête du Ministère en charge de la culture, et l'on s'est rendu compte que seulement quelques actes concrets ont été posés à ce niveau. Il faut que les nouvelles autorités aient le courage politique de protéger la culture. C'est grave qu'un pays comme le Niger n'ait aucune troupe nationale de théâtre, de chant ou de ballet, etc. Alors même  que dans les pays voisins, vous trouverez des troupes nationales très compétitives et qui sont convoquées dès qu'une personnalité ou un Chef d'Etat arrive en visite, pour l'animation à l'aéroport ou au palais. Ici chez nous, dans la plupart des cas, tout est improvisé dans ce genre de situation. Les autorités doivent professionnaliser les différentes activités du secteur de la culture, comme cela se fait dans les pays voisins  comme le Burkina Faso par exemple. Quand il faut représenter son pays à l'extérieur, il faut le faire valablement et honorablement.

M. S. Abandé Moctar et Zeïnabou Gaoh

Source
: Sahel Dimanche

 
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