AGADEZ, LE 28 MAI 2011
MON COLONEL,
Je tiens de prime abord à vous adresser toutes mes félicitations suite à votre nomination à la tête de cette région qu’est celle d’Agadez. Je sais, pour y être natif, habitant et donc témoin de la vie de cette région depuis plus de trois décennies, que vous avez des grands combats à mener devant vous.
D’abord contre vous-même car vous serez appelé mon Colonel à être au nom de la démocratie que vous servez « un civil en kaki » prêt à contribuer à l’épanouissement des libertés citoyennes et progressistes avec tout ce que cela comporte d’errements et d’écarts pour un officier de votre trempe. Savoir s’en accommoder pour une personne forgée dans le moule du métier des armes n’est pas chose aisée. C’est carrément éprouvant.
Néanmoins, pour le commun des Nigériens, votre expérience récente à la tête de Maradi- quoique sous une transition militaire- militerait en votre faveur. De votre attitude face au citoyen lambda, repu des maux et d’injustices mais incroyablement toujours avide des droits, s’appréciera votre séjour en tant que Gouverneur d’Agadez.
Ensuite, contre la tentation car vous aurez désormais à gérer une grande partie du Niger devenue la somme de tous les appétits impérialistes. Oui, mon Colonel, des individualités et même des groupes d’intérêts tenteront par tous les moyens - légaux et illégaux – de vous faire ramer dans les eaux glauques de l’affairisme et de la corruption. Ils vous feront faire des actes contraires au cahier des charges à vous confié par SEM Mahamadou ISSOUFOU. En leur résistant, le tribunal de l’histoire vous citera en exemple de gouverneurs irréprochables qui ont laissé des empreintes indélébiles à Agadez. Résistez mon Colonel à l’appel du ventre qui a coûté si cher à d’autres qui vous ont précédé. Ils regrettent encore les “ coliques” nées de leur festin indigeste fait des dattes libyennes et des 4X4 indûment reçus...
Et enfin contre ces inextricables complicités qui entretiendront autour de vous et à votre insu des indéchiffrables silences tissés de magouilles et autres passe-droits dans l’ultime dessein de s’enrichir au détriment de votre honorabilité.
C’est pour vous dire mon Colonel, que vous aurez à gérer des sautes d’humeur incroyables, parfois habillées seulement, du vernis de la traîtrise d’apatrides asservis à un idéal importé. Oui, vous aurez mon Colonel, à serrer des mains, beaucoup de mains, mais hélas parmi elles, des mains « sales », très « sales » qui vous feront croire à vous et à tous ceux qui leur prêteront oreille que ce sont elles qui vous ont béni pour mériter ce poste. Ces marchands d’illusions n’hésiteront pas, dès votre arrivée, et cela vous le constateriez, à vous couvrir des présents onéreux ! Méfiez-vous en mon Colonel ! Retournez ces cadeaux à leurs expéditeurs ! Et vous serez vivement applaudi par vos administrés que nous sommes lesquels voient tout ; entendent tout ; et hélas aussi rapportent tout au grand public dans l’intérêt supérieur de la nation.
Pour l’instant d’aucuns disent déjà que le choix de votre personne pour cette exaltante mission n’est pas fortuit ! Il découle, disent-ils, de votre connaissance de ce terrain, de ses habitants mais aussi et surtout du sens élevé de droiture et de justice dont vous aviez fait montre lors des tristes événements de la rébellion de 2007. En souvenir de ce temps où il était plus facile d’être indifférent qu’humain, sachez mon Colonel que vous avez positivement marqué la population d’Agadez.
Puisse Allah vous protéger des mauvais conseillers qui n’hésiteront pas, à l’ombre de votre confiance, ternir l’image que cette brave population d’Agadez a toujours eu de vous.
Qu’il vous plaise de savoir mon Colonel et cela pour vous aider qu’à partir de ce numéro, cette rubrique que nous avons intitulée « LA BOITE AUX LETTRES DU GOUVERNEUR » vous est gratuitement offerte par notre journal. Elle sera le mur de lamentations de vos administrés qui désireront vous faire part de leurs peines, de leurs suggestions pour l’édification d’un Agadez nouveau où il fera bon vivre pour tous.
Enfin mon Colonel, comme l’exige notre éducation, je vous demanderai pardon au cas où mes propos de frère et d’administré auraient heurté votre sensibilité d’aîné et de supérieur.
Respectueusement,
votre frère Ibrahim Manzo DIALLO
Citoyen à Agadez








