J’étais en train de répondre aux questions d’une étudiante de l’IFTIC en rapport avec le cinéma nigérien. Alors je me suis rappelé de cette conférence de presse donnée par la ministre nigérienne de la culture en marge du Fespaco dont Achille Kouawo, le reporter attitré de Clap Noir intitula « Le come back du Niger dans le domaine du 7ème art annoncé ».
Lisant certains propos on ne peut rester indifférent, on le peut si cela provenait de quelques amateurs, fermer les yeux et dire que c’est parce qu’ils ne savent pas. Mais si cela provient d’une autorité, et d’une haute autorité en plus, nous n’avons plus le droit de nous taire.
Lors de sa conférence de presse, notre ministre de la culture a affirmé selon le journaliste : « que depuis quelques années l’industrie cinématographique nigérienne a connu une éclipse caractérisée essentiellement par son absence dans plusieurs rencontres africaines et internationales. C’est ainsi que, souligne t-elle, depuis une décennie, le Niger qui était le premier pays à obtenir l’étalon de Yennega n’a pas inscrit de film en compétition au FESPACO ».
De tels propos ne peuvent pas laisser indifférents les cinéastes nigériens de la diaspora Ramatou Keïta, Djingarey Maïga, Moustapha Alassane et Moustapha Diop, et Zalika Souley qui est - membre du jury TV vidéo au Fespaco’2011- qui se battent corps et âme pour survivre dans le métier.
Le journaliste écrit que la ministre affirme que « Cette situation s’explique particulièrement selon ses explications, par l’absence, ces dernières années, d’une politique d’appui à la production ; le manque de structures adéquates de production ; l’obsolescence de la réglementation du secteur ; la non satisfaction du besoin manifeste de formation et de perfectionnement des jeunes cinéastes ; l’insuffisance du financement et le manque de matériel technique performant ; la concurrence déloyale des vidéo clubs et la fermeture des salles de cinéma ». N’est-ce pas que le ministre Hadary avait officiellement remis en son temps un soit disant matériel performant dans son discours du 07 décembre 2009 et que le directeur du centre, M. Yacouba Mayaki, a indiqué que le matériel reçu par le centre permettra d'encadrer les nouveaux talents et d'apporter un appui conséquent aux anciens, afin que le cinéma nigérien retrouve ses lettres de noblesse ? Et même le premier Ministre fut entrainé dans la danse quand il déclare dans ses vœux du nouvel an au Président du CSRD le 16 janvier 2011 que « la relance de la production du film, a créé de nouveaux espoirs pour les professionnels du secteur qui seront d'ailleurs présents au prochain FESPACO après de nombreuses années d'absence ». Il est évident quand les erreurs se répètent à un tel niveau de se demander si réellement le pays se donne la peine de créer les conditions d’un développement cinématographique conséquent ou bien on fait juste la politique du saupoudrage avec le sentiment d’avoir accompli sa mission ? En voulant tromper tout le monde, nous ne faisons que nous tromper nous-mêmes. Voici ce que le directeur du centre me dit lorsque j’avais demandé un soutien pour mon film : « Je t'ai dit dès au départ que je ne peux t'accorder de soutien quel qu'il soit qui n'ai été accordé par la commission d'attribution des aides[1]. A cette date, le CNCN ne dispose d'aucun budget, ni en 2010 ni en 2011 il n'y a encore d'inscription budgétaire pour le CNCN. Alors compte tenu de cela, tu voudrais que moi, je t'adresse une lettre dans laquelle je t'accorderais des fonds et sur la base de quoi ? Je ne peux te faire une lettre avec mon engagement alors que je n'ai pas cette prérogative. Dans le précédent mail que je t'ai fais je t'ai dit que seul le politique, à savoir la ministre peut prendre un engagement de te faire cette lettre parce qu’elle en a la prérogative[2]. Elle est politique et peut s'engager. Comment vais-je justifier d'avoir engagé le CNCN alors que je n'ai aucun fonds. Moi-même depuis septembre 2009, date de ma nomination à ce jour, je n'ai perçu aucun salaire. Alors soit raisonnable et plus responsable. Tu as suffisamment de connaissance dans les hauts milieux pour engager le Niger à te soutenir pour 15 millions. Quant au matériel dont tu parles, je t'ai expliqué que même si je prenais cet aspect de la chose tu ne pourrais bénéficier du Centre que de 4.250.000F/CFA[3] représentant le montant de la mise à disposition de celui ci. Depuis 16 mois que je gère le CNCN, je m'attèle à le rendre fonctionnel avec des textes juridiques devant lui permettre de jouer son rôle. Je n'ai ni agents, ni collaborateurs, ni budget, alors les états d'âme, très peu pour moi ».
Ainsi au vu de ce mail on peut se demander à quoi sert le centre ? Et tous ces discours ? De qui se moque t-on enfin ? De l’État nigérien ? Des cinéastes nigériens ? Ou de tous les Nigériens ? A quoi sert-il alors de prendre toute une délégation pour aller au Fespaco avec rien qu’un seul film vidéo depuis 2009 ? Je n’ai rien contre le film de mon jeune frère Djingarey, au contraire je lui souhaite le meilleur, mais une forte délégation conduite par la ministre de la culture, avec son conseiller et de surcroit PCA du CNCN et le directeur du CNCN pour une conférence de presse, photo par ci, sourire par là, avec pour seul slogan "Nous voulons relancer le cinéma au Niger, voici notre film vidéo". Comme si au Niger il n’y avait pas de cinéastes. C'est bien, je ne suis pas contre, mais le Niger pour ce qu'il a été dans le cinéma africain vaut plus de considération que ça.
Ibbo Mahamane, cinéaste
Montréal, Canada








